« 11 avril 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 365-366], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4872, page consultée le 01 mai 2026.
11 avril [1846], samedi matin, 9 h. ½
Bonjour Toto, bonjour cher petit Toto, bonjour mon amour, bonjour mon adoré, bonjour comment vas-tu ? Moi je vais très bien, je t’aime. Je suis levée depuis 7 h. et depuis ce temps là je houspille mes punaises, je secoue mes rideaux, je brosse et j’essuie toutes mes penailleries1. Je ne sais pas encore si j’irai à ce fameux Salon car je ne suis convenue de rien avec Eugénie et le temps paraît vouloir se gâter. J’en prends mon parti fort gaillardement du reste car je ne dois pas y aller avec vous et il n’y a pas de chance probable que je vous y rencontre. Ainsi cela m’est fort égal d’y aller ou de n’y pas aller. J’enverrai chez Claire aujourd’hui savoir de ses nouvelles et en même temps lui porter sa toilette de Pâques. C’est une chose traditionnelle parmi les péronnelles de mettre les choses les plus neuves ce jour là. Quant à moi, il y a longtemps que j’ai renoncé à cette tradition et pour cause, ou du moins j’ai substitué le gigot neuf à la robe neuve pour vous plaire. Je sais très bien que vous aimez mieux un poulet rôti que la plus ravissante PAMÉLA, et une botte de radis que le plus joli bouquet de chapeau, un plat d’épinards au sucre à la plus charmante robe de mousseline de laine de coton. Je me conforme à vos goûts gastronomiques en protestant de toutes mes forces et en bisquant de tout mon cœur. Baisez-moi.
Juliette
1 Penailleries : vieux vêtements. Néologisme formé sur « pénaillou ».
« 11 avril 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 367-368], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4872, page consultée le 01 mai 2026.
11 avril [1846], samedi après-midi, 3 h. ½
Je ne suis pas sortie, mon adoré, ce qui me serait parfaitement égal si je t’avais vu, mais quand je pense que c’est peut-être à ce projet stupide que je dois de ne t’avoir pas vu encore de la journée, je suis furieuse et je donne au diable de bon cœur tous les projets, tous les salons, et tous les croûtons de la nature. Je n’ai pas voulu aller avec Suzanne à la pension, dans la crainte que tu ne vinsses pendant ce temps-là et que tu ne saches pas ce que je suis devenue. J’ai préféré rester chez moi à t’attendre toute la journée que de te donner une minute de préoccupation fâcheuse à mon sujet. Si tu viens de bonne heure, je serai bien récompensée de ma vertu, mais si tu ne viens que ce soir, je crois que je ne serai pas trop contente. Il est vrai que dès que je te vois, j’oublie tous mes ennuis passés pour ne songer qu’à la joie de te voir. J’aurai peut-être l’admirable chance que tu sois allé au Salon avec tes gamins ? Oh ! Dans ce cas-là je suis capable de griffer cette bête Eugénie, car c’est elle seule qui m’a empêchée d’aller au Louvre aujourd’hui. Du reste mon guignon persévère avec une constance digne de moi et ce serait très amusant si ça n’était pas fort embêtant. Pour ma part, je cèderais bien mon privilège à un autre, quitte à ne le reprendre jamais. Malheureusement il y a peu d’amateurs et il est probable que je le garderai à perpétuité. Douce consolation. Tâche de venir bien vite et baise-moi.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
